Si tu as déjà visité un sanctuaire ou un temple au Japon, tu as certainement remarqué ces petites plaques de bois colorées, accrochées par dizaines (voire par centaines !) sur des présentoirs. Ces plaquettes sur lesquelles les visiteurs inscrivent leurs prières et leurs souhaits, ce sont les ema. Et derrière ces petits bouts de bois se cache une tradition fascinante qui remonte à plusieurs siècles.

Que tu prépares ton voyage au Japon ou que tu cherches simplement à en savoir plus sur cette coutume, je t’explique tout : l’origine surprenante des ema, comment les utiliser, où trouver les plus beaux, etc.

Qu’est-ce qu’un ema exactement ?

Un ema (絵馬) est une petite plaquette de bois sur laquelle on inscrit un vœu ou une prière. Le mot se compose de deux kanji : 絵 (e) qui signifie « image » ou « dessin », et 馬 (ma) qui signifie « cheval ». Littéralement, ema veut donc dire « image de cheval ». Et ce n’est pas un hasard, comme tu vas le découvrir.

Aujourd’hui, on trouve des ema dans pratiquement tous les sanctuaires shintô et dans de nombreux temples bouddhistes du Japon. Une fois le vœu inscrit, la plaquette est accrochée sur un présentoir appelé emakake (絵馬掛け), où elle restera jusqu’à ce que les prêtres la collectent pour une cérémonie rituelle.

L’origine des ema : des vrais chevaux aux plaquettes de bois

L’histoire des ema est étonnante et commence bien avant l’apparition des petites plaques que l’on connaît aujourd’hui.

Quand on offrait de vrais chevaux aux dieux

À l’origine, durant la période Nara (710-794), les fidèles offraient de véritables chevaux vivants aux sanctuaires pour obtenir les faveurs des kami (les divinités shintô). Le cheval était considéré comme un animal sacré, la monture des dieux, leur moyen de transport entre le monde céleste et le monde terrestre.

Offrir un cheval, c’était donc offrir aux divinités un véhicule pour venir exaucer tes prières. En échange de cette offrande prestigieuse, les fidèles espéraient recevoir des goriyaku, des bénédictions divines.

L’astuce des moins fortunés

Tu t’en doutes : tout le monde ne pouvait pas se permettre d’offrir un cheval entier à chaque visite au temple ! Les familles plus modestes ont donc trouvé une solution ingénieuse : remplacer les vrais chevaux par des figurines en bois, en argile ou en papier.

Selon Wikipedia, les premières traces archéologiques de ces substituts remontent à la période Nara, et le plus ancien document mentionnant une offrande de chevaux en papier date de 1013, au sanctuaire Kitano Tenjin.

Petit à petit, ces figurines se sont transformées en simples plaquettes de bois portant un dessin de cheval. Puis, à partir de la période Muromachi (1336-1573), les sanctuaires ont commencé à diversifier les motifs, ouvrant la voie aux ema illustrés que nous connaissons aujourd’hui.

Comment utiliser un ema : le guide pratique

Utiliser un ema est très simple, et c’est une expérience accessible à tous, même si tu ne parles pas japonais. Voici comment procéder.

Étape 1 : Acheter ton ema

Tu trouveras les ema en vente dans les boutiques (juyosho) situées dans l’enceinte des temples et sanctuaires. Le prix varie généralement entre 500 et 1200 yens (environ 3 à 7€). Chaque lieu propose ses propres designs, souvent en lien avec la divinité vénérée ou les spécificités du lieu.

Étape 2 : Écrire ton vœu

Une fois ton ema en main, tu peux y inscrire ton souhait. Il n’y a pas de règles strictes : tu peux écrire horizontalement ou verticalement, en japonais, en français ou dans n’importe quelle langue. Les kami sont polyglotes, apparemment !

Les vœux les plus courants concernent la réussite aux examens, la santé, l’amour, la prospérité dans les affaires ou la protection de la famille. Certaines personnes ajoutent aussi des dessins ou des décorations personnelles pour rendre leur ema unique.

Traditionnellement, on écrit son vœu au verso de la plaquette (le côté sans illustration), et on peut y ajouter son nom et son adresse si on le souhaite, mais ce n’est pas obligatoire.

Étape 3 : Accrocher ton ema

Une fois ton message inscrit, dirige-toi vers le présentoir à ema (impossible de le manquer, il croule généralement sous les plaquettes !). Accroche ton ema avec les autres, et laisse les divinités faire le reste.

Petit conseil : avant d’écrire ton vœu, il est recommandé d’aller d’abord prier devant le sanctuaire principal. Cela montre ton respect envers les kami du lieu.

Que deviennent les ema une fois accrochés ?

Tu te demandes peut-être ce qui arrive à tous ces ema qui s’accumulent au fil des mois. Ils ne restent pas accrochés éternellement !

Généralement vers la mi-janvier, les plaquettes sont collectées et brûlées lors d’une cérémonie appelée Sagicho (ou Dondo-yaki selon les régions). Cette fête du feu purificatrice permet de renvoyer symboliquement les vœux vers les divinités, tout en libérant de l’espace pour les nouvelles prières de l’année.

Les différents types d’ema : du traditionnel à l’insolite

Si les ema classiques représentent souvent des chevaux, la créativité des temples japonais a donné naissance à une incroyable diversité de designs.

Les ema du zodiaque

Chaque année correspond à un signe du zodiaque chinois (rat, bœuf, tigre, lapin, dragon, serpent, cheval, mouton, singe, coq, chien, sanglier). Beaucoup de sanctuaires proposent donc des ema à l’effigie de l’animal de l’année en cours. Si tu visites le Japon en année du Dragon, par exemple, tu trouveras des ema ornés de magnifiques dragons un peu partout.

Les ema liés aux divinités locales

Chaque sanctuaire a ses particularités, et les ema reflètent souvent l’identité du lieu. Au célèbre sanctuaire Fushimi Inari de Kyoto, par exemple, les ema ont la forme d’une tête de renard, l’animal messager de la divinité Inari. Au Gotoku-ji de Tokyo, temple célèbre pour ses maneki-neko, ce sont des chats porte-bonheur qui ornent les plaquettes.

Les ema aux formes originales

Certains ema sortent vraiment de l’ordinaire. Au sanctuaire Tozan d’Arita, les ema sont en porcelaine plutôt qu’en bois, en hommage au savoir-faire artisanal local. D’autres ont des formes inhabituelles : ronds, en étoile, en forme de cœur pour les sanctuaires dédiés à l’amour…

Les ema thématiques spécialisés

Il existe aussi des ema dédiés à des domaines spécifiques. Les koi mikuji sont des ema spécialisés dans les rencontres amoureuses, très populaires dans les sanctuaires dédiés aux relations sentimentales. D’autres sanctuaires proposent des ema pour la réussite professionnelle, la guérison, ou même la sécurité routière !

Où trouver les plus beaux ema au Japon ?

Tous les temples et sanctuaires d’une certaine envergure proposent des ema, mais certains endroits valent particulièrement le détour pour leurs designs uniques.

  • À Kyoto : le sanctuaire Fushimi Inari-taisha (ema en forme de renard), le sanctuaire Kitano Tenmangu (pour les études).
  • À Tokyo : le temple Gotoku-ji (ema maneki-neko), le sanctuaire Kanda Myojin (ema anime), le temple Sensô-ji à Asakusa.
  • À Nara : le sanctuaire Kasuga-taisha, célèbre pour ses lanternes et ses ema traditionnels.
  • Dans la préfecture de Saitama : le sanctuaire Washinomiya pour les fans d’animes/mangas.
  • À Fukuoka : le sanctuaire Dazaifu Tenmangu, haut lieu pour les étudiants qui préparent leurs examens.

Peut-on rapporter un ema chez soi ?

Absolument ! Rien ne t’oblige à accrocher ton ema au sanctuaire. Si tu craques pour un design particulièrement joli, tu peux parfaitement le garder comme souvenir de voyage. J’en ai d’ailleurs quelques uns que je garde pour de la décoration chez moi et c’est un super souvenir.

L’ema fait d’ailleurs un excellent omiyage (souvenir japonais) : il est peu encombrant, typique d’un lieu particulier, et chargé de sens. Tu peux l’accrocher chez toi comme élément de décoration, dans un coin zen, près de ton bureau, ou simplement le conserver comme un fragment de culture japonaise.

Certaines personnes écrivent même leur vœu dessus et le gardent chez elles comme rappel positif de leurs objectifs, une façon moderne et personnelle d’utiliser cette tradition ancestrale.

Les sanctuaires dédiés aux études : le pèlerinage des étudiants

Au Japon, la période des examens d’entrée à l’université (de janvier à mars) voit une affluence massive dans certains sanctuaires. Les étudiants (et leurs parents !) viennent y acheter des ema pour prier pour la réussite aux examens.

Le sanctuaire le plus célèbre pour cela est le Yushima Tenjin à Tokyo (aussi appelé Yushima Tenmangu), dédié à Tenjin, le dieu des études. On y trouve des milliers d’ema couverts de vœux de réussite, surtout durant la « saison des examens ».

Il existe plus de 10 000 sanctuaires Tenmangu dédiés à cette divinité à travers le Japon, tous populaires auprès des étudiants. Ces sanctuaires vénèrent Sugawara no Michizane, un érudit et poète de l’époque Heian devenu le protecteur des études et de la culture.

Conclusion : bien plus qu’un simple bout de bois

Les ema incarnent parfaitement ce mélange si japonais de spiritualité, de tradition et de modernité. D’un simple morceau de bois, ils sont devenus un pont entre les humains et les divinités, un support d’espoirs et de rêves, un objet d’art populaire, et même un phénomène de la pop culture.

Que tu sois croyant ou simple curieux, prendre quelques minutes pour écrire un vœu sur un ema est une expérience touchante et authentique. C’est une façon concrète de participer à la vie spirituelle japonaise, de laisser une trace de ton passage, et peut-être (qui sait ?) de voir ton souhait se réaliser.

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